Exposition /«Xenoportraits à la galerie Ezzou’Art : Surprenant regard sur la nature humaine

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15Imaginaire n La plasticienne laisse chacun de «ses êtres» définir son attente, sa douleur, son appréhension et même sa sagesse.

Annonciateur, le préfixe «Xeno» dans le titre de la thématique de Meriem Benyagoub éclaire d’emblée sur le concept voulu par l’artiste. Des physionomies inattendues et peu banales. Pour cela, la figure humaine est le thème central de l’exposition avec une vingtaine de toiles laissant transparaitre des êtres transfigurés. Une réincarnation de la personne humaine entrevue avec l’œil de la créatrice poussée par le sentiment de faire découvrir l’étrangeté. Une mise à nu de l’humain avec toute la densité de son côté étrange et une dimension surnaturelle.
L’artiste a manié le langage du surprenant, fluctuant avec la métaphore. Difficile de ne pas ressentir un certain malaise devant les tableaux laissant voir des squelettes exprimant leurs émotions.
En effet, la plasticienne laisse chacun de «ses êtres» définir son attente, sa douleur, son appréhension et même la sagesse. Quand ce n’est pas le regard qui interpelle, c’est la mobilité des corps qui exhorte comme une supplication. S’inspirant de personnes réelles, de poèmes ou d’histoires, l’artiste convoque sa perception du monde des hommes pour le déshabiller et le montrer sans fard «afin de créer une nouvelle entité, une nouvelle incarnation d’une réflexion ou d’un sentiment.» Les couleurs ont été réfléchies avec perspicacité afin d’atténuer le côté énigmatique de l’image. Elle a employé de l’ivoire avec un fond grenat, du bleu métallisé avec une teinte aubergine, du marron sable sur du noir et encore du beige marié à du gris fluide. Le plus surprenant est ce tableau où apparaissent de minuscules faces avec leurs yeux exorbités, des rictus ou des mimiques qui, grâce à l’explosion de tons vifs, pleins d’ardeur, atténue le côté insolite.
Sa technique employée est multiple, utilisant autant l’acrylique, l’encre que la peinture à l’huile, elle ne lésine pas non plus sur l’utilisation des supports. En effet, Meriem Benyagoub utilise autant le papier kraft, le papier, la toile que le carton.
Par ailleurs, à côté de toutes ces peintures, nous percevons une installation composée de têtes réalisées en argile sur lesquelles on peut deviner des grimaces et autres expressions de visages difformes. Nombreuses petites têtes sont suspendues par un fil. La particularité de ces mini-sculptures réside, hormis dans l'originalité de leur forme, dans la gaieté de leurs couleurs.
Née à Annaba en 1985, Meriem Benyagoub travaille à Alger. C’est en 2004 qu’elle s'inscrit à l’École supérieure des beaux-arts d’Alger dont elle sort diplômée en 2010. Après des expositions collectives, elle se lance pour la première fois dans une expo personnelle.
Leila N.