Certains n’en veulent pas, d’autres la revendiquent : La mixité divise-t-elle les Algériens ?

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Débat n S’il y a un sujet qui demeure encore aujourd’hui difficile à aborder en société, en famille surtout, c’est bien celui de la mixité à l’école, tant ce concept suscite des passions et chez ses supporters et chez ses détracteurs.

Dans la réalité,  l’école algérienne est quasi totalement mixte, souvent par nécessité car le nombre de filles scolarisées dépasse de beaucoup celui des garçons. Mais sur le plan mental, cet état de fait continue de rencontrer des résistances ouvertes et, souvent, indécrottables.
En fait, le rapport des Algériens, des hommes, à la question de la mixité des genres a de tout temps été équivoque, partagée entre une vision strictement religieuse qui interdit tout contact entre les hommes et les femmes dans l’espace public, et une vision dite occidentale qui, au contraire, encourage vers toujours plus d’égalité entre les genres.
La première est un héritage vieux de 15 siècles, totalement intégré dans l’inconscient collectif et considéré comme une constante définitive constituante de notre identité nationale.
La seconde vision a été importée par le colonisateur français à compter du XIXe siècle et ce dernier en un peu plus d’un siècle et demi de présence, a eu le temps d’imprégner la société algérienne de certaines valeurs étrangères à notre culture ancestrale, parmi lesquelles la mixité dans les écoles indigènes. Celle-ci était plus ou moins tolérée par les Algériens, davantage dans les grandes villes que dans les campagnes où nos compatriotes d’alors s’opposaient souvent à l’envoi de leurs filles à l’école. En revanche, les citadins acceptaient mieux cette option et de nombreuses jeunes filles algériennes des années cinquante ont fréquenté l’école avec les garçons, constituant la première grande génération d’Algériennes instruites à l’orée de l’indépendance. Après la libération du pays, l’option socialiste choisie par le jeune Etat algérien avait permis de généraliser la mixité sur l’ensemble du territoire national, même si durant les années soixante, la mixité continuait à être refusée dans certaines régions connues pour leur conservatisme rigoriste.
Mais l’élan de modernisation soutenue du pays allait très vite balayer les dernières poches de résistance jusqu’à l’implémentation totale de la mixité en Algérie.
Mise devant le fait accompli, la société algérienne n’en demeure pas moins réticente au concept même de mixité et cela se vérifie dans le discours dominant où les opposants à la mixité dans les écoles expriment clairement leur préférence pour son abolition pure et simple.
Toutefois, de plus en plus de voix s’élèvent pour encenser la mixité et lui trouver des vertus et des avantages pour le développement du pays et, surtout, pour le développement de l’Algérien lui-même sur le plan humain.
Hocine Hamid

Quand la communication va…

Témoignage n Madjid, 62 ans, est fonctionnaire d’un ministère en retraite et papa de quatre enfants dont deux adolescentes de 16 et 19 ans.

Pour lui, la mixité n’a jamais constitué un problème : «Mes filles sont habituées depuis la maternelle à étudier avec  des garçons et je n’ai jamais eu de problèmes pour ça : seulement, dès qu’elles ont atteint leur puberté, je leur ai expliqué qu’à l’adolescence, les garçons deviennent agressifs envers les filles et, par conséquent, elles ne doivent pas être trop familières avec eux, garder leurs distances.
C’est ce qu’elles ont toujours fait et les garçons ne les embêtent jamais… », nous explique-t-il.
Il est vrai qu’une jeune adolescente à laquelle ses parents ont expliqué le monde des garçons et comment éviter qu’ils s’en prennent à elle, va se trouver beaucoup mieux armée face aux garçons trop turbulents de son école. Parler de ce sujet dans l’intimité avec sa fille permettra à celle-ci de mieux se débrouiller dehors et d’éviter les harcèlements multiples que nos jeunes filles subissent au quotidien et partout en ville.
«De plus, reprend Madjid, je n’ai pas hésité à expliquer à mes filles que l’adolescence est un âge ingrat chez les garçons, du fait de leur maturation sexuelle toute neuve : ça les rend plus agressifs et avides d’exprimer leurs émotions sexuelles. Ainsi, elles savent exactement ce qui se passe dans la tête des garçons et sont ainsi à même de ne pas les provoquer.
Par exemple, je veille, et leur maman aussi, à ce qu’elles ne portent jamais de tenues trop serrées ou sexy, et jamais de maquillage aussi. Ainsi, elles ne sont pas aguicheuses et cela leur procure plus de tranquillité et à nous aussi». L’opinion de Madjid est intéressante, en ce sens qu’il a mis le doigt sur un aspect trop négligé dans cette histoire, celui de la responsabilité des parents avant tout.
En effet, nombre de nos concitoyens se contentent d’interdire à leurs adolescentes toutes sortes de choses concernant les garçons, mais sans jamais leur expliquer le pourquoi de ces interdits.
Du coup, les jeunes filles mal informées finissent par se fier à leurs propres avis sur la question, ouvrant ainsi la porte à toutes sortes d’aléas et de mésaventures qui risquent de leur arriver dans l’univers impitoyable de l’adolescence. Un manque de communication parentale qui produit de jeunes filles très frivoles et facilement manipulables par une frange d’adolescents et de jeunes adultes passés maîtres dans le baratin pour jeunes filles trop innocentes.    H. H.