La communauté internationale affiche son inquiétude / Corée-USA : le spectre de la guerre nucléaire

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Escalade verbale


Réactions - L'inquiétude internationale grandit après de nouvelles menaces de Donald Trump de recourir à la force contre la Corée du Nord, alimentant l'escalade verbale entre Washington et Pyongyang en dépit des appels  à la retenue de la Chine.


«Les solutions militaires sont maintenant complètement en place, et prêtes à l'emploi, si la Corée du Nord se comporte imprudemment", a déclaré le président américain sur son compte Twitter. "J'espère que Kim Jong-Un trouvera une autre voie!", a-t-il ajouté. Pyongyang, dans le même temps, qualifiait Donald Trump d'"odieux fanatique de la guerre nucléaire" par la voix de l'agence officielle nord-coréenne KCNA.
"Trump est en train de mener la situation dans la péninsule coréenne au bord d'une guerre nucléaire", a ajouté KCNA. Loin de chercher l'apaisement, le président américain a au contraire multiplié ces derniers jours les déclarations bellicistes. Jeudi, Donald Trump a défendu sa formule controversée promettant "le feu et la colère" à Pyongyang estimant qu'elle n'était "peut-être pas assez dure".
"Si la Corée du Nord fait quoi que ce soit - ne serait-ce qu'en songeant à attaquer des gens que nous aimons, ou nos alliés, ou nous-mêmes - ils devront vraiment s'inquiéter", a-t-il déclaré depuis son golf de Bedminster, dans le New Jersey, où il passe des vacances. Un responsable de la Maison Blanche a toutefois indiqué qu'il ne fallait pas voir dans les propos de Donald Trump le signe d'une action militaire imminente.
"Il y a des plans militaires pour à peu près toutes les crises du globe (...) Ces plans sont continuellement mis à jour et présentent des options au président. Il n'y a rien de nouveau", a dit ce responsable sous couvert d'anonymat. L'armée américaine a indiqué hier être "prête à combattre" si le président américain en donnait l'ordre.
"Nous maintenons un état de préparation optimum pour faire face à la menace nord-coréenne conjointement avec nos alliés et partenaires dans la région", a déclaré le porte-parole du Pentagone, le colonel Rob Manning à l'AFP. Face au changement de ton à Washington, la Corée du Nord a menacé de lancer une attaque contre l'île américaine de Guam, avant-poste stratégique des forces américaines dans le Pacifique.
L'armée doit présenter au jeune dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un un plan d'offensive contre Guam d'ici la mi-août, selon les militaires nord-coréens. Quatre missiles seront tirés simultanément, a expliqué l'armée.
Les engins, passant au-dessus du Japon, "voleront 17 minutes et 45 secondes sur une distance de 3.356,7 km, et s'écraseront en mer à 30 ou 40 km de Guam". Ils s'abîmeraient ainsi à l'extérieur des eaux territoriales américaines.


Risques de conflit «très élevés» selon la Russie

La Russie est "très inquiète" des risques de conflit "très élevés" entre les Etats-Unis et la Corée du nord, a estimé chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, suggérant qu'il revenait à Washington de faire un premier pas en vue d'une désescalade. "Les risques sont très élevés, surtout en prenant compte de la rhétorique employée.
Il y a des menaces directes d'employer la force", a-t-il déclaré lors d'une rencontre avec des jeunes retransmise à la télévision.
C'est pour cela, bien sûr, que nous sommes très inquiets", a-t-il ajouté. La Russie "fera tout" pour qu'une confrontation entre les deux pays n'ait pas lieu, a-t-il assuré. Il a rappelé que Moscou et Pékin avaient proposé à plusieurs reprises, pour désamorcer la crise, un double "moratoire": l'arrêt simultané des essais nucléaires et balistiques nord-coréens d'une part et celui des manœuvres militaires conjointes des Etats-Unis et de la Corée du Sud d'autre part.
Mais Washington s'y oppose, arguant du fait que "les essais nucléaires et les lancements de missiles de la Corée du nord sont interdits par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, que l'on doit respecter obligatoirement, tandis que les exercices militaires (des Etats-Unis et de la Corée du sud) n'ont jamais été interdits par qui que ce soit", selon M. Lavrov.
Le Canada condamne
n La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a condamné hier les récentes actions du régime nord-coréen, estimant que son programme nucléaire est une "grave menace pour le monde" qui "doit cesser", tout en prônant une désescalade des tensions. "Ce que fait la Corée du Nord est absolument inacceptable" a déclaré la ministre, soulignant que les récentes actions du gouvernement nord-coréen sont une "menace" à la sécurité régionale et mondiale. "Nous devons chercher de moyens d'apaiser la situation", a-t-elle mentionné lors d'une conférence de presse, après l'escalade des tensions entre Pyongyang et les Etats-Unis. Chrystia Freeland a mentionné vouloir trouver des "moyens pour faire pression et persuader la Corée du Nord" de "cesser ses actions", tout en rappelant que la situation actuelle "ne peut avoir de fin positive pour la Corée du Nord" si elle se poursuivait. La ministre canadienne a également rappelé que le Canada "soutient très fortement" ses alliés, dont les Etats-Unis. "Quand ils sont menacés, nous sommes présents", a-t-elle ajouté.


Washington aligne un impressionnant arsenal


Préparatifs -(Prêt au combat cette nuit): cette devise résume la posture militaire des Etats-Unis face à la Corée du Nord.


Voici un point sur les forces mobilisées --et mobilisables-- par les Etats-Unis au cas où la guerre des mots se transformerait en guerre tout court entre Washington et Pyongyang.

- Corée du Sud - Des dizaines de milliers de troupes stationnées en permanence en Corée du Sud. C'est l'épine dorsale du dispositif américain dans la région pour faire pièce à la Corée du Nord. C'est un héritage de la guerre de Corée qui théoriquement est toujours en cours, les belligérants n'ayant jamais signé d'armistice. Le Pentagone dispose actuellement de 28.500 soldats au sud du 38ème parallèle: armée de l'air, armée de terre, infanterie de marine (les fameux Marines) et, bien sûr, la marine. Le plus gros contingent est composé des 19.000 militaires de la 8ème armée, basée à Yongsan dans Séoul et à seulement 40 kilomètres de la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux pays. Plusieurs escadrilles de chasseurs bombardiers F-16 sont également stationnées en permanence dans le pays tout comme des A-10, de redoutables avions d'attaque au sol qui pourraient aider à stopper l'infanterie mécanisée nord-coréenne. Ces forces s'entraînent constamment avec leurs homologues sud-coréennes sur terre, dans les airs et en mer.

- Japon - Le Japon est une autre pièce maîtresse du dispositif militaire américain dans le Pacifique et près de la péninsule. L'archipel nippon accueille 47.000 militaires américains, dont un peu moins de la moitié (20.000) sont des Marines. Leur spécialité est le débarquement sur les plages, ce qui pourrait s'avérer utile dans un conflit sur la péninsule coréenne. Ces troupes sont toutes dirigées par le Pacific command, qui compte 377.000 civils et militaires dans toute la région Asie-Pacifique. L'US Navy dispose pour sa part d'un groupement aéronautique organisé autour du gigantesque porte-avions Ronald Reagan, basé à Yokosuka, tout comme le quartier général de la 7ème flotte, la plus importante de toutes les têtes de pont de la marine américaine ans le monde.

- La puissance navale - Les Etats-Unis dominent le Pacifique et les mers régionales de la tête et des épaules, même si les Chinois avancent à marche forcée pour tenter d'en contester la maîtrise aux Américains et que les Russes sont aussi en train de moderniser leur flotte. Pour l'instant, seul l'USS Ronald Reagan est sur zone, mais le porte-avions Theodore Roosevelt fait des exercices au sud de la Californie et l'USS Nimitz est dans le Golfe.
L'une des pièces maîtresses du dispositif, c'est la flotte de sous-marins d'attaque à propulsion nucléaire. A l'instar des porte-avions, les Nord-Coréens n'ont rien de comparable dans leur arsenal. Ces sous-marins peuvent lancer des salves de missiles de croisière, tout comme récolter du renseignement et, pour certains, déposer des commandos à l'arrière des lignes ennemies.

- Guam - Depuis que Pyongyang a dévoilé un plan pour lancer quatre missiles à portée intermédiaire au-dessus du Japon et aux alentours de l'île de Guam, ce territoire américain a regagné en notoriété. L'île a une importance stratégique pour les opérations américaines dans le Pacifique. La base aérienne d'Andersen permet d'accueillir tous les types de bombardiers lourds à long rayon d'action dont disposent les Etats-Unis.
Les B-52 bien sûr, mais aussi les B-1B Lancer --qui ont fait des démonstrations de force au-dessus de la péninsule coréenne récemment-- et le B2, le plus sophistiqué des bombardiers américains.


Pyongyang s'apprête à tester des missiles mer-sol avec un sous-marin

De récentes photos prises par satellite semblent indiquer que la Corée du Nord se prépare à tester des missiles balistiques à partir d'un sous-marin, en pleine recrudescence de tensions avec les Etats-Unis, selon un spécialiste de l'armée nord-coréenne. Joseph Bermudez, un expert de la Défense nord-coréenne et des renseignements, a posté des photographies sur le site de surveillance "38 North" --de l'Institut Etats-Unis/Corée de l'université Johns Hopkins-- qui, selon lui, pourraient montrer des préparatifs pour un essai de missile mer-sol balistique (SLBM). "Des images prises récemment par un satellite commercial révèlent plusieurs développements suggérant que la Corée du Nord pourrait être en train d'accélérer le développement de la partie maritime de ses forces nucléaires", a-t-il indiqué.
L'activité sur un missile balistique expérimental pour un sous-marin de type SINPO au chantier de construction navale et base sous-marine de Mayang-do suggère "que le Nord pourrait préparer une nouvelle série +en mer+ de tirs d'essai, qu'il a entrepris des modifications et des améliorations aux systèmes de lancement du sous-marin, ou qu'il développe une version plus avancée du Pukguksong-1".
Le Pukguksong-1 est un SLBM dont le premier essai réussi remonte au 24 août 2016. Il avait volé sur 500 km en direction du Japon, ce qui avait conduit le leader nord-coréen Kim Jong-Un à affirmer que le territoire continental américain était désormais à portée d'un sous-marin croisant dans le Pacifique. M. Bermudez a précisé que les préparatifs autour du sous-marin correspondaient à ceux constatés lors de précédents essais.

Rappel
l Ce regain de tensions fait suite aux progrès de Pyongyang dans ses programmes nucléaire et balistique. Le tir réussi d'un missile intercontinental signifie que théoriquement la Corée du Nord pourrait atteindre la côte est des Etats-Unis, et elle est aussi parvenue à miniaturiser suffisamment une bombe nucléaire pour pouvoir l'installer dans un tel engin. Un système SLBM opérationnel aggraverait encore davantage la menace représentée par la Corée du Nord, lui permettant d'agir au-delà de la péninsule coréenne et de disposer d'une capacité de "frappe secondaire" si une attaque était menée sur ses bases militaires.





Appels de la Chine et de l’Allemagne

n Face à une surenchère sans précédent entre Washington et Pyongyang, la Chine a tenté de faire retomber la fièvre. Pékin a enjoint aux Etats-Unis et à la Corée du Nord de "faire preuve de prudence" et a exhorté Pyongyang à éviter les "démonstrations de force". "Nous appelons toutes les parties à faire preuve de prudence dans leurs mots et leurs actions, et à agir davantage pour apaiser les tensions", a déclaré Geng Shuang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Cette montée des tensions entre les Etats-Unis et la Corée du Nord pèse sur les marchés financiers et inquiète de nombreux dirigeants mondiaux. "Je ne vois pas de solution militaire à ce conflit", a mis en garde hier la chancelière allemande Angela Merkel. La nervosité a également gagné Moscou où le chef le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov s'est dit "très inquiet" des risques de conflit "très élevés" entre les Etats-Unis et la Corée du nord.