Passionné, anarchique, kamikaze, flegmatique… : L’Algérien dans tous ses états

Partagez cet article
FaceBook  Twitter     
Au lendemain de l’indépendance


Caractéristique -  L’Algérien est connu pour son tempérament passionné. N’importe qui le met en boule et n’importe quoi l’excite au point de le faire bondir de joie.


Au lendemain de l’indépendance, de nombreux Algériens n’avaient pas de repères.
Les uns n’ont pas connu l’école, les autres n’ont connu que la misère et la frustration et beaucoup étaient livrés à eux-mêmes.
La campagne avait envahi les villes et personne n’était capable de guider ces jeunes et encore moins les conseiller et les encadrer. Les adultes étaient occupés à se faire une place au soleil et à assurer leurs vieux jours.
Dans certaines grandes villes par exemple, les jeunes filles dites «civilisées» en 1962 étaient automatiquement sifflées dans la rue, sans honte et sans pudeur.
Et nous ne parlons pas des mots grossiers et orduriers qu’elles recevaient en pleine figure. Leur seul crime était qu’elles s’habillaient de façon moderne, qu’elles ne portaient ni voile ni «maghroune» et surtout qu’elles travaillaient dans des administrations et qu’elles faisaient des études à l’université. Le comportement de ces jeunes, qui frisait la provocation et la bagarre, a totalement changé du jour au lendemain quand leurs propres sœurs et nièces ont grandi, se sont imposées dans la famille et ont exigé de sortir sans voile, pour travailler ou faire des études comme toutes les femmes.
Depuis, aucun mot déplacé n’était plus proféré à l’encontre des femmes. Bien au contraire, les hommes leur cédaient la place et étaient aux petits soins, et gare à celui qui s’amusait à leur faire des réflexions désobligeantes.
Ces jeunes écervelés avaient même pris l’habitude à un moment de chasser gentiment les paysans qui portaient des chèches et qui circulaient dans les grandes avenues du centre-ville.
Le chèche et la djellaba étaient considérés à l’époque comme les signes d’un passé écoulé, d’une reculade annoncée. Des choses ont changé depuis : la djellaba ou le burnous ou le chèche sont aujourd’hui synonymes de baraka et de passé glorieux écrit par nos aînés et nos ancêtres.
Il ne viendrait à l’esprit de personne aujourd’hui de siffler au passage d’une jeune fille, car on le prendrait pour un malade ou pour un fou, pas plus qu’il ne viendrait à l’esprit de quelqu’un de huer un fellah en tarbouche pour l’unique raison qu’il dépareille le centre-ville. On lui rirait au nez et on lui demanderait d’aller consulter un médecin.
Imaâd Zoheir

Des scènes du quotidien


Constat -  Comparé aux années 1960 et 1970, les Algériens ont bougrement évolué en matière de mentalité et de vision de leur société.


Dans ces années post -indépendance, la plupart des Algériens étaient restés attachés à la notion de Beylik, synonyme de biens étrangers. Le mot est tiré du mot beylikat, c’est-à-dire la propriété du Bey au temps de l’occupation ottomane. En plus, le mot reste chargé d’une électricité négative.
Dans l’esprit de la plupart d’entre eux, ce Beylik ne pouvait être qu’injuste et sans pitié. C’est pourquoi d’ailleurs ils s’en prendront systématiquement, à l’occasion de la projection d’un film par exemple, aux fauteuils et aux sièges de la salle de cinéma, comme ça, pour le plaisir, pour marquer leur présence.
Des milliers de sièges ont été vandalisés par leurs soins pendant ces années. Mais plus tard, ils s’en prendront au mobilier urbain, comme les bases à fleurs, aux horloges de la ville, aux ampoules et bien sûr aux cabines téléphoniques. Les choses aujourd’hui ont évolué.
Personne à notre connaissance ne s’amusera, par exemple, à écraser la moindre fleur d’un massif de jardin public ou à casser des ampoules d’un poteau. Par contre, les Algériens, pas tous évidemment, font rarement preuve de civisme dans leur comportement individuel en société. Nous allons commencer par la voiture. Son chauffeur est capable de réveiller tout un immeuble à 2h du matin uniquement pour appeler un parent ou un ami. Les malades, les bébés qui dorment, tout cela il n’en a cure. D’ailleurs, il n’y pense même pas.
Restons toujours dans le même registre et voyons comment se comportent certains automobilistes sans gêne qui n’ont jamais été élevés par leurs parents, ceux-ci ayant confié cette tâche à la rue.
Vous avez, par exemple, l’agité et passablement énervé, qui refuse de s’arrêter à un feu rouge comme le prévoit le code. Il «brûle» allègrement le feu, quitte à provoquer à sa gauche et à sa droite du gâchis et des télescopages monstres. Peu lui importe, l’essentiel est qu’il ne fasse pas la queue comme tout le monde. Si vous lui faites la moindre réflexion polie, savez-vous comment il vous
répondra ?  Simplement par ceci : «Si tu es un homme viens m’enlever le permis.»
Vous avez le surexcité qui doublera des voitures déjà en double file et peu lui importe ici aussi de provoque des dégâts.
Vous avez le flegmatique et sans-gêne qui pense que la rue est sa propriété personnelle. Véritable «flamand rose» de la télé, il descend de sa voiture au beau milieu de la circulation, ferme sa portière et se dirige, un bout de papier à la main vers le multi-service juste à sa droite pour faire des photocopies, pendant que les automobilistes vocifèrent et l’abreuvent d’insultes. Imperturbable, il ouvre sa portière, s’engouffre dans sa voiture et fait un bras d’honneur à la file de voitures sans même avoir peur d’un retour de manivelle parce qu’il s’agit là d’un mépris total pour l’espèce humaine. Aucun regret, aucune excuse ne sortiront de sa bouche, pas même un semblant d’explication.

Incivilités  et débordements


Aberration -  N’ayant pas assez de places chez eux pour accueillir tous leurs hôtes, certaines familles ont en effet pris l’habitude de planter un «guitoun» au beau milieu de la rue et de le meubler de chaises et de tables pour servir les invités.


Restons toujours dans les transports, car les cas d’incivilité y sont aussi nombreux que variés, en milieu urbain plus spécialement. Vous avez, par exemple, le conducteur du bus privé qui a oublié de se raser depuis plusieurs jours, qui «pue» et empeste la cigarette. Il fume d’ailleurs comme un pompier sans même se demander si la fumée gêne  les enfants ou les personnes âgées. Et quand il ne fume pas, il sirote un café froid dans un verre jetable, et s’il ne fume pas ni ne boit, il raconte sa vie à la cantonade sans aucune pudeur. Les passagers écoutent avec politesse ce que le chauffeur débite comme âneries, mais ne disent mot. Vous avez aussi la rencontre de deux chauffeurs de bus qui se croisent en plein boulevard, qui s’arrêtent au milieu de la circulation et discutent, sourds l’un et l’autre au vacarme assourdissant des klaxons des automobilistes.
Et puis, vous avez l’indétronable «kamikaze» qui déboule brutalement d’un sens interdit tous feux allumés et qui donne l’impression de narguer les services de sécurité.
Nous serions incomplets si nous taisions dans ce dossier les riverains qui barrent les rues en élevant une tente en bâche blanche, synonyme de  deuil. N’ayant pas assez de place chez eux pour accueillir tous leurs hôtes, certaines familles ont en effet pris l’habitude de planter un «guitoun» au beau milieu de la rue et de le meubler de chaises et de tables pour servir les invités. Le phénomène est tellement entré dans les mœurs que les communes ferment  les yeux, dans la mesure où elles n’exigent aucune autorisation au préalable à ce genre de pratiques. La chose est devenue si évidente qu’à chaque fois qu’un constructeur privé a besoin de liberté de manœuvre pour ses engins, la rue est automatiquement fermée à la circulation ou, à défaut, «amputée» de moitié.
Et à propos de rue, nous ne pouvons pas nous taire devant les nuisances sonores des fêtards tardifs, ni le chahut scandaleux des éboueurs qui enlèvent les ordures et qui laissent la moitié de leur contenu éparpillée sur l’asphalte.
Et à ce propos nous voudrions attirer l’attention des responsables des grandes agglomérations urbaines sur une certaine forme d’incivilité politique que nous estimons très grave et très dangereuse : l’inscription sur les poubelles de la commune des noms de martyrs de la Révolution, pour faciliter le dispatching des travailleurs municipaux dans le ramassage des ordures. Ainsi par exemple, au niveau des centres de la deuxième ville d’Algérie, le nom de Larbi Ben M’hidi est écrit sur une poubelle crasseuse et en piteux état.
C’est une honte !

A fleur de peau


Question -  D’où viennent tous ces phénomènes, toutes ces déviances ? Ils ont certainement un dénominateur commun ou, pour parler comme des psychacalyste, un déclencheur commun.


Vous avez l’automobiliste, pelote de nerfs comme on dit, qui arrête sa voiture au beau milieu de la chaussée, sort la tête de la portière et insulte copieusement un passant qui a eu le malheur de lui dire quelques mots apaisants pour le calmer. C’est souvent la bagarre avec attroupement. Et pendant ce temps, le peloton des automobilistes qui attendent que les choses se calment perdent à leur tour patience.
Et puis, il y a aussi l’incivilité qui n’est que l’expression d’un manque flagrant d’hygiène. Il y a celui qui crache en public sans même se cacher ou se gêner, il y a celui qui nettoye ses dents d’un reste de «chemma»...
Et ne parlons pas de l’état de beaucoup d’immeubles, aussi bien dans la capitale qu’ailleurs dans l’intérieur du pays. Casser systématiquement des boîtes aux lettres en bois ou en fer n’est-ce pas de l’incivilité ? Ecrire des mots orduriers dans la cage d’ascenseurs et insulter ses voisins en se cachant derrière l’anonymat de tags n’est-ce pas de l’incivilité aussi ? Mais finalement d’où viennent tous ces phénomènes, toutes ces déviances, ils ont certainement un dénominateur commun ou, pour parler comme des psychanalystes, un déclencheur commun ? Lequel ? Toutes ces incivilités sont dues essentiellement soit à une éducation incomplète, soit carrément à son absence. Dans un cas comme dans l’autre, la rue a remplacé le foyer, souvent l’école. Bien sûr ces tares ne sont pas indélébiles, elles se corrigent, se soignent et disparaissent avec le temps. La télévision, les chaînes étrangères et la vie quotidienne dans les pays développés finiront, à la longue, par absorber peu à peu ces dérives. Et cela pour une raison bien simple, nous sommes obligés de suivre la marche du monde, que cela nous plaise ou non, obligés également d’avancer sous peine de faire du surplace ou de reculer.
Le jour où toutes ces petites «infirmités» disparaîtront du paysage, soyez sûrs qu’aucun individu quel que soit son rang ne brûlera de feux rouges à minuit ni ne court-circuitera une queue à la poste ou à la banque.
Soyez sûrs que la vie de tous les jours aura une autre qualité.

Pédagogie

n Les Algériens sont obligés d’évoluer du fait de leur proximité avec les étrangers, des exemples qui leur sont souvent donnés par les chaînes captées par satellite.
Il faut le reconnaître, les services de la police et de la gendarmerie jouent un grand rôle en matière de pédagogie et de prévention,
mais surtout le­­­­­­s mosquées, quand les imams qui les encadrent jouent parfaitement leur rôle.