Annoncée lundi 22 juin 2026 sur le site auxerrois du sous-traitant pharmaceutique Galien, la relocalisation de la colchicine en France marque un tournant pour les 600 000 patients qui dépendent de ce traitement pour soigner leur goutte. Jusqu’ici fabriquée à l’étranger, cette molécule indispensable sera désormais produite en Bourgogne-Franche-Comté, à raison de 3 millions de boîtes par an. Décryptage de ce que change concrètement cette annonce, et des chiffres clés à retenir.
Une molécule discrète, mais sans équivalent
La colchicine 1 mg n’a rien d’un médicament grand public, et pourtant elle figure parmi les traitements jugés essentiels par les autorités sanitaires françaises. Indiquée en premier lieu dans la prise en charge des crises de goutte, elle reste également utilisée pour la fièvre méditerranéenne familiale et la maladie de Behçet, deux pathologies plus rares mais sévères.
Sa spécificité : aucun traitement de substitution ne couvre l’ensemble de ses indications. C’est pourquoi sa tension d’approvisionnement, déjà observée à plusieurs reprises ces dernières années en Europe, inquiète les patients et les professionnels de santé. Le médicament n’était plus fabriqué nulle part en Europe avant cette annonce, le laboratoire Mayoly — titulaire de l’autorisation de mise sur le marché en France — s’appuyant jusqu’ici sur des sites situés notamment en Roumanie.
Trois millions de boîtes par an à Auxerre
La nouvelle ligne installée dans l’usine Galien d’Auxerre vise à couvrir la totalité de la demande française et à dégager un volant à l’export. Les premiers lots commerciaux ne sont pas attendus avant mi-2027, le temps que les contrôles qualité et les validations réglementaires soient finalisés.
- 3 millions de boîtes de colchicine produites chaque année, à terme.
- 3 millions d’euros d’investissement industriel, dont 2,5 millions financés par Mayoly et 500 000 euros par Galien.
- Un site déjà spécialisé dans les principes actifs hautement actifs, ce qui justifie le choix d’Auxerre.
- Une montée en puissance prévue à partir de 2027, sans rupture de l’approvisionnement actuel.
Pourquoi c’est important : la question de la souveraineté pharmaceutique
Au-delà de la goutte, ce dossier illustre la stratégie française de réindustrialisation des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur. La dépendance de la France à des chaînes de production extra-européennes est régulièrement pointée comme un facteur de fragilité, notamment depuis les crises d’approvisionnement de la dernière décennie. Relocaliser la colchicine, c’est sécuriser un traitement irremplaçable contre les aléas géopolitiques, logistiques et sanitaires.
Le ministère de l’Industrie a souligné que cette opération s’inscrit dans la liste des médicaments stratégiques dont la production doit être consolidée sur le sol national. Pour les acteurs de la filière pharmaceutique, c’est un signal : produire en France reste plus coûteux — environ deux fois plus que dans d’autres pays européens —, mais l’équation publique évolue au profit de la sécurité d’approvisionnement.
Ce que ça change concrètement pour les patients
Pour les 600 000 personnes traitées en France pour une goutte, l’effet immédiat sera nul : les boîtes en circulation aujourd’hui continuent d’arriver des sites de production actuels. À partir de 2027, en revanche, la continuité d’approvisionnement doit gagner en robustesse, avec un fabricant unique sur le territoire et une logistique plus courte.
Le prix public, lui, est encadré par la régulation des médicaments remboursés. Le surcoût de production français — assumé par l’industriel — ne devrait donc pas se répercuter directement sur l’ordonnance des patients. La question, à moyen terme, sera plutôt celle de la viabilité économique de la ligne, dans un marché où la colchicine reste un médicament à très faible marge.
Questions fréquentes
À quoi sert la colchicine ?
C’est un traitement de référence des crises de goutte, mais aussi de la fièvre méditerranéenne familiale et de la maladie de Behçet. Elle agit en réduisant l’inflammation provoquée par les cristaux d’urate dans les articulations.
Quand les boîtes produites à Auxerre arriveront-elles en pharmacie ?
Les premières livraisons commerciales sont attendues au plus tôt à la mi-2027. Jusque-là, l’approvisionnement est assuré par la production actuelle, hors de France.
Pourquoi parle-t-on de médicament « stratégique » ?
Parce qu’il figure parmi les traitements jugés irremplaçables et que sa disponibilité conditionne directement la santé de centaines de milliers de patients en France. Une rupture durable n’aurait pas d’alternative thérapeutique simple.
Sources
- L’Usine Nouvelle — Mayoly et Galien relocalisent la colchicine à Auxerre
- France 3 Bourgogne — La colchicine produite à Auxerre
- info-beaune.com — 2,5 M€ pour relocaliser la colchicine en Bourgogne-Franche-Comté