Un faux article imitant un média connu, une vidéo bluffante d’un visage familier, une publicité sponsorisée promettant de devenir riche grâce au bitcoin : les arnaques crypto par usurpation d’identité se multiplient. Les escrocs ne cherchent plus seulement à imiter une plateforme d’échange ; ils volent le visage et le nom de journalistes, de dirigeants et d’institutions pour donner une apparence de sérieux à des placements qui n’existent pas. Comprendre le mécanisme est aujourd’hui la meilleure protection.
Le mode opératoire : crédibilité volée et gains fantasmés
Le schéma est désormais bien rodé. Des faux articles de presse, copiant la charte graphique de sites d’information reconnus, mettent en scène une « confrontation » ou une « révélation » impliquant une personnalité respectée. Selon l’agence de vérification Défacto, adossée à l’AFP, l’identité de la journaliste Elise Lucet a ainsi été usurpée à plusieurs reprises, à travers de faux articles reprenant l’apparence de franceinfo et une prétendue enquête de Cash Investigation sur des plateformes d’investissement.
Les mêmes réseaux avaient auparavant détourné l’image de François Villeroy de Galhau, ancien gouverneur de la Banque de France, et de Michel-Edouard Leclerc. Le point commun : une promesse de rendement irréaliste — de l’ordre de 23 % par an dans l’un des faux articles repérés par l’AFP — et un discours d’urgence pour pousser la victime à déposer de l’argent au plus vite.
Deepfakes et IA : l’arnaque passe la vitesse supérieure
La nouveauté tient à l’usage de l’intelligence artificielle. Les fraudeurs génèrent des deepfakes — vidéos ou voix synthétiques — de personnalités connues, accompagnés de logos authentiques et de documents bien rédigés. L’illusion devient difficile à déceler à l’œil nu. En février 2026, Meta a d’ailleurs engagé des poursuites, au Brésil et en Chine, contre des réseaux exploitant des deepfakes de célébrités dans des publicités frauduleuses.
Ces montages circulent surtout via des publications sponsorisées sur les réseaux sociaux, qui renvoient vers un site vitrine, puis vers un faux conseiller. Les premiers « gains » affichés sur un tableau de bord factice servent à mettre en confiance ; le piège se referme au moment du retrait, impossible.
Les bons réflexes pour ne pas se faire piéger
- Vérifier l’agrément : aucun acteur sérieux ne garantit un rendement. Consultez les registres officiels (REGAFI, ORIAS) et la liste noire de l’AMF avant tout versement.
- Se méfier de l’urgence et des promesses de gains rapides : c’est la signature d’une escroquerie.
- Recouper la source : une « interview » choc absente du vrai site du média cité est presque toujours un faux.
- Ne jamais communiquer pièces d’identité, coordonnées bancaires ou accès à distance à un interlocuteur non vérifié.
- Signaler immédiatement toute tentative sur les canaux dédiés.
Pour aller plus loin sur la protection de vos données, consultez notre rubrique Numérique, nos conseils du quotidien dans Vie Pratique, ainsi que notre suivi de l’actualité Crypto.
Que faire si l’on a été victime ?
La rapidité compte. Contactez sans délai votre banque pour tenter de bloquer ou de faire opposition sur les virements. Rassemblez toutes les preuves (captures d’écran, échanges, coordonnées utilisées) puis déposez plainte, y compris en ligne via le dispositif THESEE. La plateforme cybermalveillance.gouv.fr propose une assistance gratuite, et les contenus frauduleux peuvent être remontés à Pharos comme à la DGCCRF.
Questions fréquentes
Une vidéo d’une personnalité connue suffit-elle à garantir un placement ?
Non. Une vidéo, même très réaliste, peut être un deepfake. La présence d’un visage célèbre n’a aucune valeur juridique : seul compte l’agrément officiel du prestataire, vérifiable dans les registres publics.
Comment distinguer un vrai article d’un faux ?
Vérifiez l’adresse du site (une URL légèrement différente de celle du média officiel est un signal d’alerte), recherchez l’article directement sur le vrai site du média, et méfiez-vous des contenus atteignables uniquement via une publicité sponsorisée.
Les sommes perdues sont-elles récupérables ?
C’est difficile, mais pas toujours impossible. Une réaction très rapide auprès de la banque augmente les chances de blocage. Le dépôt de plainte reste indispensable pour la suite de la procédure.
Sources
- Défacto / AFP Factuel — Arnaque aux cryptomonnaies : l’identité d’Elise Lucet de nouveau usurpée
- Tendance Ouest — Comment des escrocs ont utilisé Elise Lucet pour piéger des internautes
- Cybermalveillance.gouv.fr — Assistance et signalement