La trésorerie des petites et moyennes entreprises françaises traverse une zone de turbulences. Selon le baromètre du cabinet Arc publié fin juin, le délai moyen de paiement entre entreprises a atteint 18,9 jours en 2026, contre 17,3 jours un an plus tôt — son plus haut niveau depuis douze ans. Un chiffre qui, cumulé à d’autres indicateurs publiés cet été, dessine une pression de trésorerie généralisée sur le tissu des PME et TPE françaises.
Des retards qui s’accumulent partout dans la chaîne
Pour faire face à leurs propres tensions de liquidités, 79 % des entreprises reconnaissent allonger elles-mêmes les délais de paiement accordés à leurs fournisseurs, selon une enquête Ifop menée auprès de plus de 500 entreprises de plus de 50 salariés entre avril et mai 2026. Une réaction en chaîne qui explique en partie pourquoi le phénomène se diffuse aussi vite : chaque maillon qui retarde ses règlements reporte la difficulté sur le maillon suivant.
Autre signal préoccupant relevé par cette même enquête : 25 % des dirigeants anticipent désormais un recul de leur activité dans les six prochains mois, soit sept points de plus qu’en novembre dernier. Face à cette dégradation du climat des affaires, 71 % des chefs d’entreprise se disent favorables à la création d’une notation publique des délais de paiement, une mesure de transparence qui viserait à responsabiliser les mauvais payeurs.
Treize milliards d’euros immobilisés selon la Banque de France
L’ampleur du phénomène se mesure aussi en euros. La Banque de France a estimé que, sans ces retards de paiement, les PME françaises auraient pu récupérer près de 13 milliards d’euros de trésorerie sur la seule année 2024 — une somme qui, injectée plus tôt dans leur fonctionnement, aurait pu financer des investissements, des embauches ou simplement amortir les à-coups de conjoncture.
Ce constat rejoint celui du baromètre trimestriel Bpifrance Le Lab – Rexecode, qui interroge plus de 1 100 dirigeants de TPE-PME chaque trimestre depuis 2018. Sa dernière édition, publiée pour le deuxième trimestre 2026, situe l’indicateur de trésorerie à -28 points, son plus bas niveau depuis la création du baromètre. La part des PME en difficulté de trésorerie reste toutefois stable, autour de 34 % sur un an, ce qui suggère une tension durable plutôt qu’un choc brutal et isolé.
La facturation électronique, un espoir à moyen terme
- La généralisation de la facturation électronique entre entreprises, prévue en deux temps à partir du 1er septembre 2026, doit fluidifier le suivi et la relance des factures impayées.
- Les professionnels du secteur estiment toutefois que les effets concrets sur les délais de paiement ne seront pas mesurables avant un à deux ans.
- En attendant, les dirigeants sont invités à muscler leur suivi de trésorerie et à mieux connaître leurs droits en matière de délais légaux via le droit des affaires, quitte à recourir aux services de recouvrement ou d’affacturage pour sécuriser leur activité.
Ces chiffres confirment que la question des délais de paiement, longtemps perçue comme un simple irritant administratif, est devenue un enjeu de survie pour une partie du tissu économique français, particulièrement sensible aux variations de trésorerie.
Questions fréquentes
Pourquoi les délais de paiement entre entreprises augmentent-ils en 2026 ?
Les entreprises qui subissent elles-mêmes des tensions de trésorerie répercutent ces difficultés sur leurs propres fournisseurs, créant un effet de chaîne qui allonge les délais à tous les niveaux, selon l’enquête Ifop citée par le cabinet Arc.
Quel est le délai légal de paiement entre entreprises en France ?
La loi fixe en principe un plafond de 60 jours à compter de la date de facture (ou 45 jours fin de mois), sauf accord contractuel spécifique entre les parties dans certains secteurs.
La facturation électronique va-t-elle résoudre le problème ?
Elle devrait faciliter le suivi et la relance automatisée des factures impayées à partir de septembre 2026, mais les professionnels estiment que ses effets sur les délais réels ne seront visibles qu’à moyen terme.
Sources
- L’Info Durable — Retards de paiement en nette hausse
- Bpifrance — Baromètre Trésorerie, Investissement et Croissance des TPE-PME, T2 2026
- Le Journal des Entreprises — Retards de paiement au niveau record